À propos / About

 

 

 

 Démarche artistique

       Clarisse Bey est une jeune artiste trentenaire clermontoise autodidacte. En effet, issue d’un cursus multidisciplinaire mêlant Histoire de l’Art et Architecte d’intérieur, elle n’a pas, à proprement dit, suivi le parcours classique de l’artiste sorti des « grandes écoles ». Son art n’en est que plus instinctif et viscéral.

         D’après le collectionneur d’art Don Rubell, « l’art donne la possibilité d’éprouver un sentiment, un instinct de l’époque », et c’est précisément dans cette perspective que sa démarche s’inscrit. Le rôles des artistes est de mettre en évidence ce qui ne l’est pas pour les autres, et qui donnent du sens à la condition humaine. Ils endossent alors le rôle conscient ou non de « lanceurs d’alerte », en choisissant un média qui a pour vocation d’être vu, l’art pictural.

         Le commencement de sa recherche stylistique prend sa source dans la notion de réminiscence du souvenir. Dans les différentes thématiques déjà réalisées ou en cours, Clarisse Bey garde perpétuellement le même traitement artistique comme leitmotiv, menant ainsi une réflexion sur le sens du souvenir comme principe de la constitution de soi, plongeant le spectateur dans un travail introspectif.

         Ses toiles, uniquement en camaïeu de noir, répondent à l’idée commune que l’on se fait du souvenir, reprenant l’ancienne codification issue du développement de la photographie, initialement en noir et blanc, matérialisation ultime de la survivance de la mémoire. Cette idée de réminiscence s’impose graphiquement dans tout ce qu’elle a de plus beau, gommant au fur et à mesure les détails inutiles au cerveau humain, basculant dans le flou au profit du sentiment de l’instant. Il ne s’agit donc pas de se situer dans une entreprise de reproduction fidèle de la réalité, mais de faire appel à l’émotion, à l’évocation du moment.

         Ses tableaux laissent néanmoins apparaître la figuration, bien que brouillée, avec cette touche de réalisme stylisée via une influence « Pop Art », à la façon du pochoir ou de la postérisation, ce qui confère à la toile une lecture accessible, simple, et propre à chacun. Tout ceci étant renforcé par le jeu fort d’opposition : opposition radicale de couleur (noir et blanc), opposition de lumière (blanc mat et noir brillant), opposition de matière (blanc lisse et noir au couteau). La lecture en devient alors instinctive, brute, viscérale.

          Une fois la thématique de la série maturée grâce à des croquis préparatoires, elle met en place une séance photo avec des modèles ou des lieux choisis, avant de passer à la retranscription picturale. L’artiste est en permanence dans le souci du cadrage, du détail, qui conférera à son futur travail mon œil, sa déclaration d’intention.

         En gardant comme ligne directrice le souvenir comme constitution de soi, elle constate qu’au fur et à mesure de ses recherches, ses séries se diversifient en terme de thématique pour répondre en chœur, mais de façon complémentaire à cette problématique « auto-imposée ». Tout d’abord attirée par l’aspect revendicatif et engagé de l’art érotique, sa première série « Morbus Alzheimerianus »,  a répondu à la notion de la constitution de l’identité sexuelle, une des phases inexorables de l’adolescence. L’artiste souhaitait alors interpeller les observateurs sur leurs propres questionnements intimes.

          Les séries suivantes dont « Iconic », ont une portée nettement plus sociale, plus dans la « température » de l’instant. Elle a ainsi choisi de mener une réflexion sur les « nouvelles divinités » de notre époque, d’où les codes repris de l’iconographie religieuse, comme les postures ou les auréoles. L’artiste a donc mis en lumière entre autre, notre culte de l’apparence, de l’argent, ou encore  du rêve américain dans les toiles « The holyappearances », « God of Paper » ou « In the star spangled banner we trust ».

           Une autre série a aussi pour but de réagir de manière quasi instantanée sur les sujets d’actualités, comme la violence faite aux femmes via les tableaux « Perspective of Violence » ou encore « Silence’s Law ». Cette série étant un peu un billet d’humeur, elle évoluera au fil de l’actualité et de ses ressentis. Ce sera donc là un travail un peu à part dans sa trajectoire artistique puisqu’il est voué à s’enrichir de toiles sur la durée.

          Sa méthodologie de travail est en ce sens particulier, puisque toutes ses séries futures se constituent au fur et à mesure, en parallèle les unes des autres. Elle n’attend pas d’en avoir fini une pour passer à la suivante. Ainsi comme « une éponge » de son époque, Clarisse Bey constitue au fil de ses émotions, ses directions futures, les laissant évoluer peu à peu jusqu’à maturation, grâce à un travail documentaire constant s’appuyant aussi bien sur des recherches  aussi bien visuelles, vidéographiques, que littéraires. Très prochainement une série traitant des grands événements historiques va voir le jour, remettant l’acte de « simples hommes » au centre de la « Grande Histoire »tout comme une série plus architecturale et graphique, « Through my eyes » bâtie à la manière d’un carnet de voyage.

 

Traitement pictural

        Tout au long de son propre cheminement en tant qu’artiste, débutant par de petits croquis, suivis d’études diverses, testant tour à tour des médiums tels que le graphite, les feutres à alcool, la craie sèche, Clarisse Bey trouve enfin son mode d’expression dans l’acrylique, presque par hasard. La peinture permettant le travail de plus grandes pièces par rapport au feutre, l’artiste peut ainsi peaufiner son sens visuel, pousser plus loin sa recherche thématique dans le but d’obtenir de l’émotion pure.

        Ses toiles font preuve d’une recherche esthétique voir même organique, où la matière, réalisée au couteau, s’accumule dans les parties noires de manière complexe, presque géométrique, faisant plus ou moins référence au maillage cérébral. En allant sur les plages plus claires, faites de coupures nettes, la matière s’estompe à la manière du souvenir, l’aspect détaillé et brillant faisant place à des surfaces plus lisses, plus sommaires dans le traitement, et mates, où son propre reflet devient de plus en plus dur à distinguer. Le travail de l’artiste n’est donc pas uniquement thématique, mais s’inscrit réellement dans une démarche « jusqu’au boutiste », ne négligeant aucun aspect de la création artistique, impliquant une réflexion aussi bien sur le fond, la forme, que sur la touche picturale. L’on peut donc ici, très clairement identifier une réflexion artistique complète où chaque aspect de son travail n’est que la conséquence logique du précédent.

        Bien qu’elle ne soit encore qu’une jeune artiste, l’on peut constater une évolution dans le traitement du figuratif tout au long de son travail. De la même manière que la maturation d’un souvenir, ses lignes deviennent de plus en plus floues au fil des tableaux, les zones blanches de plus en plus lumineuses. Il ne s’agit pas de se situer dans une entreprise de reproduction fidèle de la réalité, mais de faire appel à l’émotion.

        Dans ses toiles la réminiscence du souvenir s’impose dans tout ce qu’il a de plus beau, gommant au fur et à mesure les détails, inutiles pour le cerveau humain, au profit du sentiment de l’instant qui lui, reste indispensable dans la construction du soi. Comme le souligne très justement l’historien Pierre Nora, « La mémoire ne s’accommode que des détails qui la confortent, elle se nourrit de souvenirs flous, flottants.». Le relief prend aussi une part de plus en plus importante dans son travail, au sein de toutes les tonalités du tableau. Les blancs deviennent eux aussi animés, organiques. De ce fait, la narration ne se situe plus exclusivement dans la figuration, mais aussi dans le traitement pictural, où le coup de pinceau à lui seul raconte une partie de l’histoire de l’œuvre.

 

Evolution future

         Il serait hypocrite de ne pas relever l’aspect subversif de son art, exposant de manière crue des attributs sexuels lors de ses débuts, des moments d’intimité volés et non maquillés pour convenir à une bienséance imposée par la société, ou encore le détournement du lexique visuel religieux à des fins sociales mais aussi pour décrire un climat de violence non dissimulée.

         Comme l’expliquait très finement le réalisateur français Roger Vadim, « Qu’est-ce que choquer ? Dire aux gens les choses de la manière dont ils ne s’attendent pas, c’est-à-dire sans hypocrisie. Donc oui j’aime choquer. ». Il en va de même pour Clarisse Bey, elle n’a pas le goût de l’offense comme ligne directrice mais ne se pose pas non plus de limites dans le choix de ses sujets. Elle parle de tous les aspects de la vie, réalisant ses esquisses préliminaires au moment où ces derniers s’imposent d’eux-mêmes à elle. Les scènes représentées sur ses toiles sont d’ailleurs le fruit de sources systématiquement issues d’images déjà existantes, qu’elles soient reprises de photographies privées qui lui ont été confiées, ou même appartenant à l’artiste elle-même, à des images populaires connues de tous.

         Dans certaines séries comme « Iconic», l’artiste troque même ses pinceaux pour embrasser le rôle de photographe, voir même de modèle, afin d’obtenir exactement le visuel recherché. Or, tout dans cette entreprise de pillage caractérisé, repose sur l’idée d’une falsification du visuel initial en réponse à la question de la mémorisation forcément fragmentaire de ce que nous voyons, percevons, de ce dont nous croyons nous souvenir.

          Il est assez difficile pour l’artiste elle-même d’évoquer son évolution prochaine, puisque comme cela a déjà été souligné, son travail s’impose de manière viscérale, presque indépendante de sa volonté. Une chose est sûre, sa recherche perpétuelle du vécu pour leitmotiv restera sa source de travail principale.

         Des axes se détacheront toutefois de manière plus nette dans son futur travail, mettant en lumière des recherches à la fois esthétiques et graphiques comme les thèmes de la place de la femme dans la société ou encore la reprise d’images historiques ancrées en tout un chacun. Au gré de ses envies et de ses inspirations, elle proposera de manière constante la vision qu’elle se fait de l’humanité et de son fonctionnement, de ses qualités et de ses faiblesses, assumées ou non.

         Dans toutes ses œuvres passées et futures, il s’agit donc d’une recherche perpétuelle du basculement de l’image comme un instantané figé, à sa possible universalité.

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Les différentes séries

 

MORBUS ALZHEIMERIUS

          Sa première série, « Morbus Alzheimerianus » , en 2017, prend tout simplement son intitulé du nom latin de la Maladie d’Alzheimer. Le ton est ainsi donné dans le titre de cette série, le principal cheminement de son travail étant de mener une réflexion sur le sens du souvenir comme principe de la constitution de soi, ainsi qu’en tant que marque que l’on imprime sur les autres, plongeant le spectateur dans un voyage introspectif.

        Cette thématique s’est imposée d’elle-même à l’artiste, qui cherchait à dévoiler aux yeux de tous un sujet universel, accessible, loin de l’élitisme que certains recherchent à tout prix, mettant à jour de manière paradoxale, une humanité crue et sans fard. Elle recentre ainsi naturellement le public sur les principes même de l’expression artistique, l’art s’étant en tout temps nourrit de la réalité.

 

 

       En effet, indépendamment du principe de nationalité, de quoi l’homme est-il irrémédiablement constitué ? Qu’est ce qui relie chaque individu dans son universalité ? Les réponses les plus simples sont à la fois les plus complexes, et ce qui rassemble tous les hommes entre eux est la construction même de leur identité. Depuis la vie fœtale, jusqu’à la mort, les empreintes perceptives des souvenirs inscrits en nous, participent à la construction de l’être, et aux choix que nous faisons tout au long de notre vie.

« Sans mémoire, point de conscience, ni d’obligation morale ».

            L’artiste cherche donc ici à démontrer que le souvenir collectif pose les fondations des sociétés contemporaines, en établissant de par une culture commune, les limites de la morale, fluctuantes selon les pays et les continents.  Avec la mondialisation, chaque être sur cette planète dispose d’une double histoire, une histoire personnelle, propre à chacun, quoique comportant beaucoup de similitudes avec des individus issus des mêmes milieux

sociogéographiques, ainsi qu’une histoire commune, que l’on peut aussi nommée culture de masse, à laquelle suivra son pendant, l’inconscient collectif. De ce principe, tout le monde a ancré dans son inconscient des images de la Seconde Guerre Mondiale, et pourtant dans la jeune génération, personne ne l’a vécue. Mais l’histoire, quel que soit le pays à travers le monde où elle est enseignée, appuyée par la diffusion de films et de documentaires historiques, peu à peu nous avons insidieusement fait nôtres ces images. A la manière des enfants nous nous sommes appropriés ce passé qui constitue alors un « souvenir reconstruit ».

           Pour démontrer sa théorie, Clarisse Bey utilise un thème encore plus universel, au-delà des notions culturelles et générationnelles: la sexualité. Qui peut dire que le sexe possède des frontières ou une langue ? Chacun le pratique, chacun a un rapport au sexe, quel qu’il soit, dans sa vie de tous les jours. Cela est d’autant plus universel que paradoxalement il touche à l’intime. Certes, suivant les pays, ou les religions, ou encore les pratiques, le sexe est diffèrent pour chacun. Dans des tableaux comme « Agathe », « Maya » ou encore «Blanche », l’artiste expose de manière frontale des instants d’intimité qui feront de toute manière réagir, pousseront le spectateur à aimer ou à détester, à s’interroger sur ses propres envies, son propre rapport à la sexualité, ses propres tabous.

       Comme le disait le grand couturier Alexander McQueen par rapport à ses défilés, « si vous ressortez sans émotion, c’est que j’ai mal fait mon travail ». En somme, personne ne pourra rester insensible face à ces sujets, puisqu’au final comme le dit Freud « l’inconscient se caractérise avant tout par le fait qu’il nait du refoulement des pulsions ».

           Toute cette série de tableaux n’a donc qu’un seul but, pousser à un voyage introspectif nous forçant à nous poser la question principale sur l’origine de nos fondements, ce qui nous constitue. Ce choix de thématique a pour but de dénoncer une culture de masse, qui n’est rien d’autre qu’un processus d’acculturation et d’homogénéisation culturelle, fondé sur de puissants soubassements économiques, rendant alors la nature humaine plus que jamais uniformisée. Les séries qui seront réalisées par la suite ne cesseront de tenter de creuser cette notion.

 

Créations des titres

          La détermination des titres des œuvres s’inscrit elle aussi dans cette démarche globale. Le souvenir étant donc une appropriation personnelle du moment, l’artiste n’a pas souhaité marquer de son empreinte les tableaux de cette série en y imposant un titre issu de son expérience personnelle, laissant ainsi au spectateur le soin de sa libre réminiscence. C’est aussi une manière insidieuse d’inclure l’œil extérieur dans son projet. Ainsi l’observateur ne devient plus uniquement figurant passif mais acteur actif d’une œuvre, s’enrichissant alors de l’expérience unique de chacun. 

           

           Dans les toiles « Iris » ou « Zoé » par exemple, le spectateur peut avoir différents niveaux de réminiscence. Le visuel en lui-même peut lui évoquer un souvenir vécu ou non, une image de film, le récit d’un ami, soulever un débat interne face à l’approbation ou non de l’image ou du geste représenté, mais le titre peut lui aussi venir compléter cette réflexion.  Le prénom de Zoé ou Iris peut alors le ramener au souvenir d’une connaissance et parfaire le récit imaginaire qu’il se fera alors de l’œuvre. Par exemple, il peut se dire « je connais une Zoé au même pouvoir de séduction ingénue que dégage le personnage du tableau » ou inversement. Les sens de lecture deviennent donc alors infinis. L’artiste s’est donc départi des titres et de son influence subjective, en mettant en place un système automatique, basé sur un calcul utilisant la date de réalisation de l’œuvre, associé à une liste de prénoms, qui suit alors un procédé axé sur la dépersonnalisation et la logique.

             Ses thématiques ayant un tronc commun bien souvent centré autour du rapport à la sexualité, Clarisse Bey prend le parti assumé de nommer ses toiles avec des prénoms féminins, marquant ainsi un point d’honneur à revendiquer la libération sexuelle de la femme, encore décriée implicitement dans nos sociétés dites « contemporaines ».

             Les rares titres issus de prénoms masculins se sont imposés d’eux-mêmes, puisque le sujet ne pouvait supporter une autre évocation.  Comment nommer le tableau relatant un des combats de boxe les plus connus de Mike Tyson ? La réponse est évidente, « Michael Gerard » n’étant autre que le prénom administratif du célèbre sportif. De ce fait, l’artiste non seulement resitue la scène mais en plus désacralise cette idole moderne en le remettant au niveau de l’individu. Il devient alors plus accessible, presque commun, alors que le visuel du tableau dégage une force, inerrante au boxeur, hors du commun. Il en va de même pour l’intégralité de ses toiles prenant pour sujet des personnages à valeur historique.

 

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ICONIC

         La série « ICONIC » tente d’autopsier la société contemporaine en dénonçant « les nouvelles divinités » qu’elle vénère. En effet, depuis plus d’un siècle, l’on peut assister à un changement de paradigme, à un changement de représentation du monde. De nos jours, les religions tendent à péricliter au profit de nouveaux cultes qui voient le jour, comme le communautarisme, le mercantilisme ou encore les apparences.

   Rappelons que les « dieux » sont des éléments qui de tous temps, ont orienté les choix des populations. Ces nouveaux cultes de l’époque post-moderne résultent de gratifications sensorielles et psychologiques telles que la reconnaissance sociale, le divertissement, la gloire, la beauté, etc… Ces cultes nous gouvernent a notre insu, puisque nous sommes esclaves des peurs et des désirs qu’ils engendrent.

     Cette série reprend donc les codifications de l’iconographie religieuse classique, telles que les mains jointes en position de prière, ou les auréoles, afin de mettre encore plus en relief les distorsions entre ces deux périodes.

 

 

            Ainsi, dans la toile « God of Paper », on peut deviner une personne en position de prière, tenant entre ses mains une liasse de billets de banque en guise de chapelet. L’adoration religieuse d’antan laisse donc place à une autre sorte d’adoration, les gens privilégiant l’appât de l’argent quelque fois à leurs valeurs, voir même à leur santé. Quand le culte de quelque chose d’immatériel prend le pas sur l’individu, on peut effectivement parler là de divinité.

          « Oh saint community » reprend parfaitement les codifications du personnage du Saint, les mains jointes en position de prière, une auréole au dessus de la tête. Mais dans un second temps, en s’attardant un peu sur les détails cet homme présente aussi tous les codes d’appartenance forte à une communauté. Celui-ci est très largement tatoué, avec un anneau dans le nez et des écarteurs dans les oreilles. Tous ces signes visibles d’appartenance sont pour beaucoup un souhait revendiqué haut et fort, qui pousse ainsi à effectuer ces grosses transformations corporelles. Là encore, l’individu passe en quelque sorte au second plan de cette sorte de culte: la volonté d’appartenance à une communauté.

           Le tableau « The holy appearences » prend pour sujet une jeune fille représentée en Madonne à l’auréole, en buste, représentation classique parfaite. Cependant, les codes sont rompus de par le fait qu’elle arbore des lunettes « tendance », ainsi qu’un « duck face », a la manière du selfie. Ici, le culte de l’apparence est dénoncé.

    Dans notre société, nous sommes tous préoccupés , et de plus en plus, par l’image que nous renvoyons, d’où la prolifération des centres de chirurgie esthétique, des réseaux sociaux basés sur l’apparence, ou la création de nouvelles professions comme influencer, où la seule compétence demandée est de savoir se mettre en avant pour utiliser son image dans la vente de produits. Quand l’individu devient un support commercial , ou qu’il souhaite changer son apparence physique au point de ne plus paraître humaine, peut-on dire que l’on bascule dans le culte de l’apparence?

             « Instrospectus » représente un homme qui prend sa tête entre ses mains en position de lamentation. On retrouve ici un pendant à la toile « My own shades », et explore donc aussi la thématique du repli sur soi, de l’héliocentrisme. Dans nos sociétés où les anti-dépresseurs sont monnaie courante, les individus ont tendance à se replier sur eux-mêmes. La vie étant de plus en plus complexe , plus exigeante sûrement aussi, les gens peu à peu deviennent nombrilistes, égoïstes et se morfondent dans une sorte de torpeur médicamenteuse, voir même dans les paradis artificiels.

               Dans le tableau « In his hands », l’ambiance est aussi pesante que dans « My own shades ». L’angle y est inversé,  ici en plongée, mais l’ambiance lumineuse reste inchangée, conférant une atmosphère très solennelle, presque religieuse, « à la lueur des bougies ». L’artiste a souhaité ramener l’humain au centre de sa problématique. Tout comme Atlas, cet homme tient entre ses mains son monde. On peut voir dans ce tableau une métaphore du dirigeant ayant le pouvoir de l’arme nucléaire, un médecin détenant la lourde responsabilité de sauver des vies, un père tenant son enfant…

        Le sujet est universel, et a pour but de mener à la réflexion qu’un seul homme, avec ses forces et ses faiblesses, se retrouve dans certaines situations où il détient des responsabilités plus grandes que lui, qui, sous le poids du regard de la société, souvent le dépassent…

                 Dans la cas particulier de « In the star spangled banner we trust », Clarisse Bey a décidé de personnifier l’un des plus grands mythes contemporains, le rêve américain, en le représentant sous la forme d’une déesse égyptienne, notamment au niveau de la posture et de la coiffe. L’attrait pour une nouvelle terre pleine d’espoir , où tout est plus facile, n’a jamais été autant d’actualité que maintenant, avec les flux migratoires de plus en plus importants et meurtriers. « L’american dream » en est la version édulcorée, glamour. Le cinéma, la publicité, l’ensemble de la culture de masse prennent exemple sur ce pays  largement idéalisé et néanmoins de plus en plus controversé en son sein même  depuis l’élection de Donald Trump.

        Ainsi, si ces nouveaux dieux de l’émotionnel nous asservissent, nous limitent et nous égarent, nous pouvons résumer ce phénomène par la conclusion suivante: «  de nouveaux dieux pour une nouvelle société ».

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BILLET D’HUMEUR

             Cette série, comme dit précédemment n’a d’autre but que d’être l’instantané d’une époque, d’un moment, d’un ressenti que l’artiste souhaitera nous livrer. Le seul fil conducteur est donc de retracer, en pointillé, c’est-à-dire, entre ses autres séries, un climat sociétal.

            L’œuvre « My own shades » dépeint le malaise de nos sociétés contemporaines et des conséquences liées à nos modes de vie.  Ici, ce portrait en contre-plongée, retranscrit un certain mal-être, amplifié par l’aura sombre qui le surplombe. Les forts contrastes de luminosité ne font qu’augmenter cette atmosphère angoissante. Ici, sont représentés les troubles mentaux, que se soit  le plus courant, la dépression en passant par la schizophrénie, d’où l’ambiance mystérieuse et noire qui se dégage du tableau. On peut voir une des facettes de notre société étudiée de manière quasi sociologique. 

 

 

               « Silence’s law » rebondit sur le sujet brulant de l’année 2017 de la levée de bouclier spectaculaire des femmes contre le harcèlement, à travers le monde.  Grâce au mouvement « Time’s up », les langues se sont déliées, et nous avons pu constater l’immensité de ce phénomène, les femmes étant comme muselées jusqu’alors à cause du schéma patriarcale encore très présent.

          Un homme enserre le cou d’une femme qui est terrifiée, et la bâillonne de son autre main. Le visuel est brut et fort, tout comme son sujet. Le spectateur est forcément attiré  par le regard fuyant de cette femme, traduisant aussi la honte des victimes. Ce tableau s’inscrit dans le témoignage de cette époque.

                 Le tableau « Perspective of violence » fait suite à un documentaire sur la Crimée, où  l’artiste  apprenait que les hommes avaient droit de vie et de mort sur leurs épouses, sans risque de poursuite pénale, et par ailleurs, le nombre de femmes décédant en  France sous les coups de leurs maris ne cessant d’être en augmentation, ce sujet lui a donc paru important à retranscrire.

               Ici nous voyons une succession de quatre femmes,  celle du premier plan étant plus détaillée que les autres qui se perdent au loin, sous entendant que la première n’est que « l ’arbre qui cache la forêt ». Les  lignes d’ombres et de lumière retranscrivent la dualité dans laquelle ces femmes se trouvent, obligées de montrer un certain visage au grand jour et un autre une fois les portes  closes. Cette force de contrastes symbolise en quelque sorte l’ambiguité que ces dernières vivent au quotidien. C’est le sentiment de peur et de masse que Clarisse Bey a voulu retranscrire ici, toujours témoin engagé de son époque.

 

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THROUGH MY EYES

 

          Lasse des carnets de voyage classiques, aux visuels convenus et souvent similaires, et dans le souhait d’explorer un nouveau style loin de la figure humaine, l’artiste tente à sa manière dans cette série de se réapproprier ce style. Cette série a pour vocation de faire découvrir ou redécouvrir de nombreuses villes, via différents volets, en gardant toujours pour objectif d’en tirer l’essence même, souvent légèrement en marge du cliché de carte postale que l’on peut s’en faire.

 

 

               La première exploration prend place dans la ville de Paris. En effet, suite à un séjour très documenté à Paris, elle décide de prendre pour premier sujet cette ville cultissime. Ici, loin d’un témoignage purement touristique, l’artiste veut au moyen de cadrage et de mise en scène bien particulière, donner son propre point de vue sur Paris, ville multiple et complexe. Elle donne ainsi à la capitale française, tout à tour, un accent « Street art » où chaque artiste intervient en parallèle sur les murs, leur conférant une richesse toute particulière, pour aborder ensuite le thème de l’architecture, de la haute couture, en passant par le classicisme. La ville est donc vue sous un nouveau jour, démontrant ainsi son modernisme emprunt d’histoire et d’intemporalité.

      Cette série est donc évolutive puisqu’elle trouvera sa suite au fil des pérégrinations de l’artiste.

 

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Evolution vers la feuille d’or

           Travaillant depuis le début sur les jeux de lumière, avec le mix de peinture brillante et mates, Clarisse Bey a donc voulu explorer un nouveau médium répondant à cette esthétique. Dans un souci toujours perfectionniste, elle mène de nombreuses recherches afin d’appliquer la feuille d’or au mieux, se documentant sur les techniques d’enluminures moyenâgeuses, en passant par les doreurs contemporains. De ce fait, elle apprends les particularités de manipulation de la feuille d’or et au fur et à mesure elle apprivoise le matériau. Ainsi, on voit apparaitre tour à tour un aplat classique ou en trompe l’œil de ce médium,  technique peaufinée pas à pas, en essuyant de nombreux échecs. Mais de ce fait, une fois de plus, le rendu n’en est que plus personnel et unique.

        Cette série n’en est en réalité pas une, puisqu’elle n’a d’autre fil conducteur que l’or, les sujets étant tous divers. On peut regrouper les toiles à la série « Billets d’humeur » plutôt, puisque l’artiste  choisit les sujets exactement de la même manière, la feuille d’or étant uniquement un accent mis sur certain détails, afin de sublimer la thématique abordée. Dans les séries futures, il se peut que l’artiste utilise encore ce médium en accent dans une série qui ne sera pas entièrement dorée. La lumière du matériau apporter sur certains détails bien choisis, est donc littéralement un coup de projecteur sur telles ou telles notions primordiales au sens du tableau.

 

 

      « Young Adult » tente de symboliser la célèbre théorie freudienne selon laquelle, l’enfance forge l’adulte en devenir. Dans ce tableau Clarisse Bey met l’accent sur le regard de l’enfant, on ne sait pas alors si l’or symbolise des pleurs, ou si tout simplement ces formes autour des yeux  représentent des tâches de peinture, peut-être prémonitoire d’une fibre artistique chez l’enfant…

         Le triptyque « Money Monkeys » est un pamphlet dénonçant le système mercantile dans lequel nous évoluons et nous prenons part. On voit bien ici l’allusion aux trois singes sages, qui en guise de visage arborent un sac en papier de l’enseigne McDonald, summum de cette mondialisation commerciale, ainsi qu’en logo sur leurs t-shirts, les trois plus grandes monnaies dans leur ordre d’importance au moment de la réalisation du tableau en 2018: le dollar, l’euro et le yen. Le fond de ce triptyque est tapissé de dollars en vrac, et en prenant un maximum de recul, le visage de Georges Washington apparait même distinctement à divers endroits.

      Les touches de doré, apposées comme des tâches de peinture au niveau des mains des personnages mettent en exergue le rôle que nous jouons dans ce système consumériste, acteur qui ne dit rien, qui ne voit rien, et qui n’entend rien. Le traitement de la feuille d’or est ici bien particulier puisqu’en se déplaçant devant les tableaux, on peut voir apparaitre par un jeu subtil de transparence les mains des personnages. Cela voudrait-il montrer que nous sommes acteur conscient ou inconscient de cette société où tout ou presque n’est qu’argent?

          « Ethnic mix » est un diptyque revendiquant la mixité ethnique. Ce visage slave mixé à une coupe afro toute en lumière crée un jeu de code dissonant et pourtant bien intégré par le fait de la mixité de médium. Le message ici est clair « vivons ensemble nos différences, et sublimons nous les uns les autres »!

          La feuille revêt ici aussi un traitement spécial puisque les « boules liquides » qui constituent la chevelure évoluent vers la 3D grâce à un savant mélange d’ombre et de lumière. L’artiste prouve donc ici qu’elle maîtrise bien son nouveau médium, et qu’elle arrive à le faire plier à ses volontés esthétiques.

       « Bing 2 » prend pour objet l’actrice chinoise Fan Bing Bing. De prime abord, la toile rend un bel hommage aux chinoiseries anciennes via l’utilisation de feuille d’or sur les motifs de fleurs de lotus, ancrant ainsi bien le sujet dans son contexte. Le portrait de cette femme est comme flottant, les cheveux en l’air, le visage très pâle, les mains dans une position qui masque une partie de son visage. Son regard mélancolique pénétrant force l’attention. L’ambiance de prime abord très esthétique, laisse place à un fond plus sombre, emprunt de tristesse.

      Fan Bing Bing ayant disparu durant plus d’un mois, séquestrée par l’état chinois pour défaut de paiement fiscal, privée des notions les plus élémentaires de droits de l’homme, puis miraculeusement réapparue, encensant le parti communiste chinois, sans n’avoir plus aucun autre moyen de communication que ceux fournis et contrôlés par le Parti. Jusqu’à la fin de sa vie cette jeune femme vivra sous liberté restreinte, travaillant dans le but de rembourser une dette fiscale colossale fixée arbitrairement par l’état chinois. Face à un tel scandale de privation des droits fondamentaux, l’artiste ne pouvait pas ne pas transmettre son émotion picturalement.

      Le tableau « Origins » montre une jeune fille d’origine africaine, avec son bonnet sur la tête. Le fond est ici très flou pour mettre en valeur principalement le visage où toute l’attention du spectateur se porte. Clarisse Bey fait une recherche ici sur la revendication des origines, et face aux problématiques raciales haineuses de plus en plus présentes, elle propose une jeune fille arborant ses origines fièrement de par son maquillage africain.

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Who? Men!, une série en construction

             Comme son nom l’indique, cette série interroge sur la vision et donc la place de la femme à travers le regard de l’homme, ainsi que son évolution tout au long du dernier siècle. « Who? Men! » signifiant littéralement « Qui? Les hommes! », est un jeu de mot autour du terme de femme. Peut-on ainsi dire que la perception de la femme est définie par le regard de l’homme? Cette série a pour mission d’amener à se poser la question.

 

 

             Issue d’une recherche documentaire intensive, allant quelques fois jusqu’à fouiller des archives vieilles de la fin du XIXe siècle, Clarisse Bey montre l’évolution des corps et de la lingerie, apanage des femmes, révélant ainsi ce qui est scandaleux ou non. Tous les corps sont traités en troncs, coupant les têtes et les jambes afin que la dé personnification soit complète, et que l’attention ne se porte pas sur l’identité des personnes mais plutôt sur le « corps-objet »  comme sujet d’étude. Puisant ses sources dans une photo d’un cabaret de 1880, en passant par les pin-up, les défilés de lingerie contemporains ou encore l’acceptation d’un corps rond, Clarisse Bey tente de dresser par l’image, un premier bilan de l’évolution de la femme, de ses libertés, ainsi que de ses limites.

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Le site d’aluminium

www.shopclarissebey.com

       Fruit initialement d’une simple expérimentation, ce site a pris vie pour proposer un second axe dans le travail de l’artiste. Le travail vu précédemment étant de facture classique, c’est-à-dire en acrylique sur toile, ici on a droit à un travail de projection de peinture « velvet » sur aluminium dibond , rehaussé tableau par tableau par la main de l’artiste.

        Toujours dans cette recherche de lumière, les zones blanches tendent vers l’irisé, mettant encore plus en relief les zones sombres. Les thématiques se dissocient aussi largement avec le reste du travail vu jusqu’à présent puisque les sujets ne sont plus engagés, mais tantôt à vocation purement esthétiques, voir même quelques fois humoristiques, de toute manière plus légers.

 

 

         Les photographies d’inspiration sont cependant encore toute issues du même travail approfondi de recherche propre à l’artiste. Jackie Kennedy se mêle à Basquiat, en passant par une forêt de bouleaux, avant de faire figurer un inconnu sur un skateboard, ou encore une mère voulant se débarrasser d’enfants trop encombrants…

            Tous les dessins sur aluminium sont réalisés en 10 exemplaires signés et numérotés, puis repris un par un et selon l’envie du moment par l’artiste, ce qui les rendent uniques. Une fois les 10 exemplaires vendus, un nouveau dessin est mis en ligne sur le site.

 Il y a donc souvent de la nouveauté! A suivre régulièrement!

 

 

 

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